ESCHATOLOGIE et BIBLE


La prophétie des papes dite de saint Malachie

« Dans la dernière persécution de la sainte Église romaine siégera Pierre le Romain

qui fera paître ses brebis à travers de nombreuses tribulations. Celles-ci terminées,

la cité aux sept collines sera détruite, et le Juge redoutable jugera son peuple. »

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1. Qui était saint Malachie ?

Né en Irlande en 1094, il devient primat d'Irlande à l'âge de 38 ans.

Lors d'un pélerinage à Rome, il s'arrête à Clairvaux où il se lie d'amitié avec saint Bernard.

Il meurt à Clairvaux en 1148. Il est canonisé en 1190, ce qui suppose qu'on lui attribue quelques miracles.

Toutefois ses proches, dont Bernard de Clairvaux, ne signalent aucun écrit prophétique de sa part.

2. La découverte de la prophétie des papes

En 1590, un moine bénédictin, Arnold Wion, prétend avoir découvert une prophétie qu'il attribue à saint Malachie.

Elle porte sur 111 papes à partir de l'an 1143.

Il la soumet aux cardinaux lors d'un conclave, en octobre 1590, puis il la fait publier pour la première fois en 1595. La dernière prophétie concernant "Pierre le Romain" apparaît alors dans une édition de 1595.

Les guerres de religion entre catholiques et protestants font rage.

Le discours prophétique est peu apprécié par l'église catholique romaine. Il est facilement qualifié d'hérésie.

Nostradamus, c'est-à-dire Michel de Nostredame (1503-1566), a pu apprécier à quel point il pouvait être dangereux de publier des écrits prophétiques.

Sa vie fut régulièrement menacée par les prêtres inquisiteurs.

Mais pour Arnold Wion, la parade était trouvée : la prophétie étant attribuée à saint Malachie, un homme canonisé par l'église, celle-ci ne pouvait le condamner.

3. Le contenu de la prophétie

C'est une liste en latin qui énumère 111 devises et une prophétie pour le dernier pape.

La première peut correspondre à Célestin II (1143-1144), contemporain de saint Malachie.

La dernière concernerait un certain Pierre le Romain. Ce texte, cité ci-dessus, ne forme pas une devise mais une prophétie terminale annonçant le temps du jugement.

En 1590, lorsque le texte est révélé, 74 papes sur 112 ont régné depuis 1143.

La relation entre ces papes et les devises qui les concernent est relativement claire.

Pour les 38 autres papes qui n'avaient pas encore exercé, la relation entre ceux-ci et les devises qui leur sont associées est plus difficile à établir au vu de l'histoire de l'église romaine depuis 1590.

4. La crédibilité de la prophétie

Il est peu probable que Malachie soit l'auteur de ces écrits.

Il est aisé de constater, puisque nous sommes arrivés au terme de la liste avec le 112ème pape depuis 1143, que les devises cadrent bien avec les papes jusqu'en 1590 et deviennent plus imprécises à partir de cette date.

De plus on relève certaines erreurs pour des devises relatives à des papes ayant régné avant 1590 qui se retrouvent dans d'autres textes de cette époque.

Ceci permet de supposer que les "prophéties", pour la période antérieure à 1590, se seraient fondées sur des écrits du XVIe siècle.

Aussi, une rédaction du texte peu avant sa prétendue découverte par Arnold Wion est beaucoup plus plausible. L'apparition de la dernière prophétie entre 1590 et 1595 laisse entendre qu'elle a pu être ajoutée, ou dissimulée lors de la première présentation au conclave.

Il est toujours désagréable de supposer qu'un homme d'église soit l'auteur d'une falsification. Mais lui-même a pu être manipulé par quelqu'un qui n'aurait pas eu de scrupules.

Cet auteur inconnu, vivant au XVIè siècle, a pu concevoir que le meilleur moyen de faire passer une prophétie consistait à l'attribuer à un saint reconnu par l'église de Rome.

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5. Qui en est l'auteur ?

Si l'auteur n'est ni Malachie, ni Arnold Wion, on peut être tenté de rapprocher cette prophétie de celles de Nostradamus.

Cependant, Nostradamus est décédé en 1566, 24 ans avant la pseudo découverte de la prophétie des papes.

Il peut toutefois être l'auteur de prophéties portant sur les papes qu'il n'aurait pas pu ou voulu publier.

Après sa mort, un de ses disciples pourrait avoir complété le texte initial en se fondant sur d'autres sources pour rattacher le tout à saint Malachie.

Ceci expliquerait la précision des devises attachées aux 74 premiers papes ... et le caractère plus incertain des devises portant sur les papes qui ont vécu depuis 1590.

Quoi qu'il en soit, le mystère sur l'auteur et la genèse du texte demeure ... et il perdrait de sa saveur si l'on apportait une réponse définitive.

6. La papauté et les devises

Si l'église n'a ni condamné, ni reconnu les prophéties portant sur les papes, il semble toutefois que celles-ci ont influé sur ceux qui ont exercé depuis quelles ont été publiées.

Sans entrer dans le détail pour les 38 papes qui se sont succédés de 1590 à nos jours, on trouvera toujours un lien plus ou moins évident entre les devises et la vie des différents papes. L'imagination est souvent fertile en matière d'interprétation.

La prophétie des papes étant probablement connue de la plupart d'entre eux, sinon de tous, on peut se demander si chaque devise n'a pas consciemment, ou inconsciemment, influé sur certains choix des papes.

Ainsi ce ne serait pas les prophéties qui se seraient réalisées par une voie surnaturelle, mais les individus qui se seraient efforcés d'ajuster leurs comportements en fonction de ce qu'ils auraient intégré dans leur subconscient.


7. Spectateurs ou acteurs de la prophétie ?

Suivant cette hypothèse, les papes, au lieu de subir les devises prophétiques comme des spectateurs passifs et impuissants, seraient devenus les acteurs de celles-ci.

Ils auraient ainsi donné du contenu à ce qui n'était qu'une pure spéculation.

Pour étayer cette approche, on peut se limiter à quelques exemples fondés sur la vie de nos papes contemporains dont les noms existent encore dans nos mémoires.

108ème pape.

"Flos florum" (La fleur des fleurs) correspond à la devise rattachée à Paul VI (1963-1978). Le lys, surnommé "la fleur des fleurs", est présent sur ses armes formées de trois lys.

Qui a choisi ce symbole : Paul VI ou son entourage ?

Sous l'inspiration de l'Esprit Saint ? Inconsciemment parce qu'il avait mémorisé la devise ? Volontairement parce qu'il se sentait tenu de donner du sens à la prophétie ?

112ème pape.

"Petrus Romanus" (Pierre le Romain) correspond selon la dernière prophétie à notre pape actuel en fonction depuis 2013 : François.

Il a choisi de s'appeler François en hommage à saint François d'Assise qui se nommait en fait "Giovanni di Pietro Bernardone".

Que signifie "Pietro" ? C'est un dérivé du grec "Petros" qui se traduit par "pierre" ou rocher.

Un magnifique clin d'œil en direction de l'Evangile selon Matthieu (16.18) avec ce jeu de mots célèbre :

« Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église. »

Est-ce par hasard que le pape François a choisi de se référer à Giovanni di Pietro Bernardone ?

Est-ce délibéré ? Il faut dire que son prédécesseur, Benoît XVI lui avait tendu la perche !

111ème pape.

"Gloria olivae" (la gloire de l'olivier). Ce qui est intéressant avec Benoît XVI (2005-2013), ce n'est pas de déchiffrer le sens de sa devise mais de s'interroger sur le sens de son départ.

Le 11 février 2013, après un pontificat de près de huit ans, il annonce qu'il renonce à ses fonctions. Cette décision prend effet le 28 février.

Depuis Grégoire XII, pape de 1406 à 1415, aucun pape n'avait démissionné.

Benoît XVI a motivé sa décision par des raisons de santé qui auraient tout aussi bien pu être avancées par ses prédécesseurs qui sont tous morts âgés et en fonction.

Alors, pourquoi partir ... et surtout un 28 février ... jour de la saint Romain !

N'était-ce pas un appel en direction de son successeur afin que celui-ci accomplisse la prophétie de Pierre le Romain ?

Toujours est-il que les années se sont écoulées et la santé de Benoît XVI lui a permis de fêter ses 90 ans en 2017 ... ce dont chacun peut se réjouir.

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8. Jean Paul Ier

109ème pape.

"De medietate lunae" (de la moitié de la lune ? ou du temps moyen d'une lune ? ou de l'intermédiaire lunaire ?).

Jean Paul Ier ne fut ni spectateur, ni acteur de sa devise, mais victime de celle-ci.

Car son "intermède lunaire" entre son prédécesseur (Paul VI) et son successeur (Jean Paul II) n'a duré que 33 jours en 1978 : le temps moyen d'une lune ?

On objectera que la lunaison moyenne dure 29 jours 1/2 et non 33 ... mais ce n'est pas loin !

Et puis, dans les prophéties, le symbole est fondamental.

Et le nombre 33 correspond à l'âge le plus couramment admis de la mort du Christ.

9. Jean Paul II

110ème pape.

"De labore solis" (de l'éclipse solaire, ou du labeur du soleil). Le pontificat de Jean Paul II a duré 27 ans (1978-2005).

La devise rattachée à son rang a incité à établir, entre autres interprétations, une corrélation avec une éclipse solaire le jour de sa naissance et le jour de son enterrement.

Difficile de choisir sa date de naissance, et celle d'un décès non provoqué, en fonction d'éclipses solaires, même si elles se produisent à l'autre bout du monde !

D'autre part, si l'on privilégie le second sens de la devise, "du labeur du soleil", à priori énigmatique, il est aisé d'établir une relation entre le soleil et la lumière en songeant à cette parole de Jésus :

« Je suis la lumière du monde. » (Jean 8.12)

Le labeur de la lumière ne s'est-il pas manifesté au travers de ce pape qui a longuement voyagé comme un missionnaire ?

Il eut la récompense de connaître l'effondrement du système communiste sous son pontificat et la libération de son pays : la Pologne.

Mais faut-il en conclure pour autant que les devises aient été divinement inspirées ?

10. Le dernier pape

112ème pape.

« Dans la dernière persécution de la sainte Église romaine siégera Pierre le Romain qui fera paître ses brebis à travers de nombreuses tribulations.

Celles-ci terminées, la cité aux sept collines sera détruite, et le Juge redoutable jugera son peuple. »

Le pape François a pris ses fonctions en 2013 à 76 ans. Combien de temps durera son pontificat ?

Sommes-nous entrés "dans la dernière persécution de la sainte Église romaine" ?

L'index mondial publié chaque année par l'ONG Portes ouvertes, indique que 7 100 chrétiens ont été tués en 2015, soit une hausse de 63% en un an. Le nombre d'églises détruites a également doublé.

Du martyre des coptes d'Égypte exécutés par Daech, au massacre de Garissa au Kenya par les Shebabs, en passant par les destructions d'églises au Niger, 2015 a été une année noire pour les chrétiens.

"Chaque année ce nombre ne cesse d'augmenter, montrant une croissance de la persécution contre les chrétiens dans le monde" selon cette ONG qui fait état de 1 201 morts en 2012, 2 123 en 2013 et 4 344 en 2014.

En 2017, ce sont plus de 215 millions de chrétiens qui sont gravement persécutés dans le monde.

Oui, qu'ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes, les chrétiens sont bien entrés dans une nouvelle période de persécutions.

Est-ce la dernière ? Peut-on la rapprocher de la "grande tribulation" annoncée par Jésus et développée dans le Livre de l'Apocalypse ? S'agit-il des prémices ?

11. Les signes des temps

Si les persécutions actuelles ont valeur de signes avant-coureurs, ne faut-il pas aussi considérer la prophétie des papes comme un signe, sans pour autant s'y attacher mot à mot ?

Car une prophétie est l'expression humaine d'une volonté divine, transmise à l'homme qui s'efforce de la traduire avec les moyens dont il dispose : rêves, visions, paroles, écrits.

Que le pape François soit le dernier ou pas n'ôte rien à la réalité ressentie par beaucoup de chrétiens au regard des évènements actuels. Il y a une convergence des perceptions qui incite à considérer que le terme de l'histoire humaine, telle que nous l'avons connue, approche.

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12. La cité aux sept collines

La papauté n'a donc ni validé, ni condamné, la prophétie des papes tout en s'y référant implicitement.

C'est une attitude ambiguë mais compréhensible. Que faire d'un texte que vous n'osez pas condamner ouvertement bien qu'il annonce votre destruction ?

Que faire sinon se résigner dans l'attente de ce que l'on pressent comme inévitable ?

Car depuis l'Antiquité, "la cité aux sept collines" est assimilée à Rome, siège de la papauté !

Et sa destruction est annoncée aux chapitres 17 et 18 du Livre de l'Apocalyse qui semble bien avoir inspiré la dernière prophétie qui vise Pierre le Romain.

Mais pourquoi détruire en particulier cette cité si elle est le siège, comme il est écrit dans la prophétie, de "la sainte Eglise Romaine" ?

Le Livre de l'Apocalypse nous enseigne que les saints seront mis à part, pour la plupart préservés, même s'ils doivent connaître des tribulations.

Le sort réservé à la cité aux sept collines est lié à celui de la "grande prostituée" présentée comme suit :

« Cette femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles. » (Apocalypse 17.4)

Si l'institution Romaine était "sainte", pourquoi son siège pontifical serait-il voué à la destruction ?

La papauté ne s'est-elle pas laissée séduire par les richesses du monde depuis des siècles ?

Pourquoi le "Juge redoutable" devrait-il juger SON peuple alors qu'il est prévu que le peuple de Dieu ressuscite en premier pour régner aux côtés du Christ (Apocalypse 20.6) ?

Le peuple de Dieu n'a pas à redouter Son jugement !

Car le "jour redoutable", le jour du Seigneur, est prévu mille ans plus tard (Apocalypse 20.12) ... mais pas pour l'Eglise.

« Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection !

La seconde mort n’a pas d'emprise sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ,

et régneront avec Lui pendant mille ans. »

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